Jérémy Camus : « J’ai pu lancer Xetic grâce à l’aide de l’Incubateur d’EMLYON »

Jérémy Camus est le fondateur de Xetic, une association à but non lucratif qui permet aux internautes  de prêter des petites sommes d’argent à des micro-entrepreneurs à l’autre bout du monde, notamment en Afrique. L’objectif avoué de Xetic est de « contribuer à la réduction de la pauvreté, lutter contre l’exclusion sociale et faire progresser les hommes et les femmes sur la voie de l’autonomie et de la dignité ». Fortement impliqué dans la vie d’EMLYON Business School, où il est déjà intervenu pour y décrire son expérience d’entrepreneur, Jérémy Camus a participé au programme Start-up de l’Incubateur d’Octobre 2009 à Mai 2010. Pendant toute une année, il a ainsi pu construire son projet et bénéficier du soutient de cette structure. Plus récemment, il s’est associé au concours PCE (Projet de Création d’Entreprise) des étudiants Bachelor d’EMLYON et son association recevra la somme d’argent accordée aux vainqueurs. 10 000€ seront ainsi utilisés dans un projet entrepreneurial d’envergure au Sénégal.

Q.1 – Pour quelles raisons avez-vous créé Xetic?

« A l’origine, j’étais auditeur interne financier et dans le cadre de mes activités, j’étais en contact régulier avec certains pays de l’Afrique de l’Ouest. De temps à autre, de façon personnelle et amicale, je recevais des propositions pour des projets à vocation sociale et entrepreneuriale. J’ai alors pensé qu’il serait intéressant d’avoir un outil permettant de mobiliser une communauté autour d’idées pouvant avoir un impact intéressant et concret sur le terrain. »

Q.2 – De quelle façon avez-vous intégré la formation Start-up de l’Incubateur EMLYON Business School?

« C’est grâce à Christophe Leservoisier, co-fondateur de l’agence Atalante*, que j’ai rencontré Michel Coster, le directeur de l’Incubateur. Christophe avait déjà bénéficié de cette structure d’accompagnement.  Cette formation m’a surtout aidé à affiner mon idée, à voir de quelle façon cette structure, qui souhaite aider des entrepreneurs au bout du monde, allait pouvoir exister et surtout se développer. Le volet juridique a mobilisé une grande partie des efforts de l’équipe.

Il fallait ainsi réfléchir aux conventions à mettre en place avec les partenaires locaux, aux contrats qui lient les internautes prêteurs à Xetic, aux questions de propriété intellectuelle, etc. Rejoindre un incubateur a été extrêmement profitable car on intègre une dynamique commune, partageant ainsi le quotidien de porteurs de projets qui se retrouvent plus ou moins au même stade que vous. J’ai passé quelques mois au sein de l’Incubateur afin de mettre en place la partie technique du site et tisser des liens avec les différents partenaires locaux. »

Q.3 – Pourquoi avoir choisi d’être une structure à but non lucratif?

« La grande question était de savoir quelle structure juridique et financière on allait créer pour Xetic. J’ai finalement opté pour ce statut car je pense que la mission sociale du microcrédit s’est souvent perdue dans des structures privées. J’estime que le statut non lucratif garantit que le microcrédit sera utilisé dans un but social et non pas comme un outil bancaire classique, qui peut finalement pervertir tout le système. Avec Xetic, on souhaite éviter ces dérives.  Pour nos frais de fonctionnement, nous prélevons 10% des sommes que les internautes décident de verser. »

Q.4 – Dans quels pays vous intervenez le plus et quel est votre retour après ces trois années d’existence.

« On se concentre sur l’Afrique de l’Ouest, plus précisément dans les  pays francophones tels que le Sénégal, le Bénin ou le Burkina. On s’occupe aussi de projets dans des pays où la situation politique est plus instable comme le Mali, le Niger, ou la Mauritanie. Nous allons essayer d’étendre notre présence en Afrique de l’Est et dans les pays qui intéressent les contributeurs, comme l’Asie et l’Amérique latine.

En ce qui concerne le taux de réussite, nous sommes actuellement à 100% puisque l’ensemble des projets financés sur la plateforme ont été remboursé par les porteurs de projets.

Nous sommes par ailleurs soutenus par des partenaires de prestige, comme la Région Rhône-Alpes, le Grand Lyon ou la Fondation Mérieux. Ces mécènes privés et bailleurs publics nous permettent d’étendre notre zone d’action, outre le fait qu’ils nous soutiennent financièrement. A l’avenir, nous souhaitons renforcer notre collaboration avec les entreprises car ces dernières, grâce à leur implantation à l’étranger et leur assise financière, peuvent jouer un rôle majeur dans le microcrédit social. »

Q.5 De quelle façon le concours PCE organisé par EMLYON Business School s’inscrit dans la démarche de Xetic?

« Régis Goujet, professeur d’entrepreneuriat à EMLYON et dirigeant du concours PCE, a proposé que l’argent gagné par les participants soit investit dans un programme Xetic. L’objectif est double. Puisque l’objectif du PCE est d’aboutir à la création d’une entreprise, cette démarche se justifie totalement. Par ailleurs, cet argent a tendance à dormir à la banque pendant de longs mois car les étudiants poursuivent leur cursus à l’étranger à la suite du concours et n’ont pas l’occasion d’utiliser ces sommes.  Avec Régis, nous avons donc souhaité agir dès la remise du prix en optant pour un projet dont nous aurions pu suivre l’évolution dans le temps.

Cette idée est tombée à pic. Chez Xetic, un projet extrêmement intéressant mais nécessitant un financement important s’est présenté au même moment. Nous souhaitions participer à la création d’une banque céréalière, sous forme de microcrédit, au Sénégal, dans la région de Matam (ouest du pays, ndlr).

L’investissement, estimé à 10 000€, correspond globalement aux gains globaux du PCE. Cette somme sera prochainement débloquée et transférée sur le compte de notre partenaire local afin qu’il puisse monter le projet. Ce dernier a été surpris par la grande maturité manifestée par les étudiants du concours. Nous parlons d’un projet extrêmement ambitieux et qui permettra à de nombreux habitants de la zone de pouvoir vivre et gagner de l’argent grâce à leurs récoltes céréalières. Le tout à l’abri des fluctuations des prix du marché. »

*Créée en 1986, Atalante est une agence de voyages pionnière de l’écotourisme spécialisée dans le voyage d’aventure. Elle fut la première à rédiger en 1996 la  charte éthique du voyageur et a été rejointe en 1997 par le guide de voyage Lonely Planet qui s’associa à Atalante pour une diffusion plus large de ces recommandations.

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